Les compagnies aériennes européennes annulent leurs liaisons avec le Golfe persique et Israël. Cette suspension des vols vers certaines régions du Moyen-Orient fait suite à une alerte inhabituelle de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), qui recommande d’éviter l’espace aérien iranien jusqu’à la mi-février. Le déploiement naval américain dans le Golfe, mené par le groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln, provoque une réaction en chaîne chez les transporteurs occidentaux.
KLM a été la première compagnie à prendre cette mesure, le 24 janvier, en suspendant ses dessertes vers Tel-Aviv, Dubaï, Dammam et Riyad. La compagnie néerlandaise justifie cette décision par la nécessité d’éviter l’espace aérien iranien, irakien et israélien. Air France a immédiatement suivi, interrompant ses vols vers Dubaï avant de les reprendre le lendemain, démontrant ainsi la volatilité de la situation. Le groupe Lufthansa avait déjà limité ses rotations nocturnes vers Israël la semaine précédente. British Airways, Swiss et d’autres transporteurs européens emboîtent le pas, créant un vide soudain dans les grilles horaires régionales.
| 📌 Repères clés |
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| ✈️ Vols suspendus : Dubaï, Tel-Aviv, Riyad, Dammam, Abu Dhabi (partiellement) 🛑 Autorité en cause : EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) 📅 Période critique : jusqu’à mi-février (au minimum) ⚠️ Risque identifié : confusion possible avec appareils militaires 🧭 Compagnies impactées : KLM, Air France, Lufthansa, British Airways, Wizz Air 👥 Voyageurs concernés : expatriés, voyageurs d’affaires, touristes européens |
Alerte de l’EASA : pourquoi l’espace aérien iranien est évité
Le bulletin CZIB 2026-02, publié par l’EASA le 16 janvier, constitue le déclencheur réglementaire. Ce document classe l’ensemble de la région d’information de vol de Téhéran comme zone à éviter, à tous les niveaux de vol. L’agence européenne invoque un risque accru de « méprise » de la part des systèmes de défense antiaérienne iraniens, placés en état d’alerte maximale. Cette formulation administrative masque une réalité inquiétante : un avion de ligne pourrait être confondu avec un appareil militaire. L’histoire récente rappelle que de telles erreurs ont déjà coûté la vie à des centaines de civils dans cette région.
La validité du bulletin court jusqu’au 16 février 2026, mais les compagnies aériennes prévoient des perturbations au-delà de cette date. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran alimentent une incertitude qui paralyse la planification opérationnelle. Les transporteurs ne peuvent pas garantir de dates de reprise précises tant que le déploiement militaire américain se poursuit dans le golfe Persique.
Quelles destinations sont touchées par la suspension des vols ?
Tel-Aviv est la ville qui subit les annulations les plus massives. Les grandes compagnies européennes ont cessé leurs rotations, laissant les voyageurs chercher des alternatives onéreuses. Dubaï et Abu Dhabi, pourtant des hubs internationaux majeurs, connaissent des suspensions sélectives. Air France a interrompu puis rétabli sa desserte de Dubaï en l’espace de 24 heures, illustrant ainsi l’évolution constante des évaluations de risque. Riyad et Dammam, en Arabie saoudite, figurent sur la liste des destinations temporairement inaccessibles via KLM, même si la compagnie néerlandaise prévoit de reprendre ses vols le 27 janvier.
À Amman, seules les opérations diurnes sont autorisées par le groupe Lufthansa. Cette limitation horaire traduit une approche graduée du risque, la visibilité permettant d’identifier plus facilement les appareils civils. Les liaisons depuis l’Inde vers l’Asie centrale sont également touchées. IndiGo, le principal transporteur low-cost indien, a suspendu ses vols vers Almaty, Bakou, Tachkent et Tbilissi du 26 au 28 janvier, car il n’a pas pu contourner l’espace aérien fermé.
Compagnies low-cost : routes allongées et escales forcées
Wizz Air révèle une contrainte particulière aux transporteurs à bas coûts. L’évitement de l’espace aérien iranien et irakien rallonge considérablement certaines routes. Les vols retour depuis Dubaï et Abu Dhabi vers l’Europe nécessitent désormais des escales techniques à Larnaca (Chypre) ou à Thessalonique (Grèce) pour faire le plein de carburant. Ces arrêts imprévus perturbent la rentabilité des liaisons long-courrier opérées par des appareils monocouloirs. Les passagers se retrouvent avec des trajets prolongés de plusieurs heures, transformant un vol direct en un périple fragmenté.
Cette situation pénalise tout particulièrement les expatriés du Golfe et les travailleurs détachés, qui avaient l’habitude de rotations fréquentes et économiques. Les compagnies du Golfe (Emirates, Etihad, Qatar Airways) poursuivent leurs opérations normalement, profitant d’une géographie avantageuse et d’évaluations des risques différentes. Cette situation crée une distorsion concurrentielle temporaire, mais significative.
Origines géopolitiques de la suspension des vols au Moyen-Orient
Le président américain, Donald Trump, a évoqué publiquement le déploiement d’une « grande flottille » navale vers le Golfe, menée par le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln. Cette annonce a provoqué la réaction iranienne prévisible : mise en alerte des batteries de missiles sol-air et durcissement rhétorique. L’EASA mentionne explicitement « la présence et l’éventuelle utilisation d’une large gamme d’armes et de systèmes de défense sol-air » comme facteur déterminant dans sa recommandation d’évitement.
Les troubles intérieurs en Iran compliquent la donne. La répression des manifestations anti-régime a provoqué des tensions internes qui rendent les autorités iraniennes particulièrement sensibles aux pressions extérieures. Les menaces de riposte contre les bases américaines régionales alimentent un climat de nervosité généralisée. Chaque compagnie aérienne doit jongler entre obligations réglementaires, évaluations de risques internes et pression commerciale.
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Voyageurs : annulations, remboursements et alternatives possibles
Les passagers concernés peuvent choisir entre trois options : le réacheminement sur d’autres vols, le report à une date ultérieure ou le remboursement intégral. KLM précise que tous les passagers concernés durant la période du 24 au 26 janvier ont été réacheminés. Les politiques de chaque compagnie étant différentes, une confusion supplémentaire est créée pour les voyageurs ayant réservé des billets multi-transporteurs.
Les correspondances via Dubaï ou Riyad sont perturbées en cascade. Un voyageur européen se rendant en Asie du Sud-Est via un hub du Golfe risque ainsi de voir ses deux segments annulés, ce qui complique sérieusement sa planification. Les tarifs sur les itinéraires alternatifs augmentent mécaniquement, car la réduction de la capacité crée une pression sur les sièges disponibles. Certains voyageurs se tournent vers des itinéraires via Istanbul ou Doha, ce qui allonge la durée et le coût du voyage.
Des précédents lourds de conséquences
L’aviation civile a déjà connu de telles fermetures d’espace aérien en période de tension. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a par exemple rendu l’espace aérien russe inaccessible aux compagnies occidentales, ce qui a obligé à de longs détours pour se rendre en Asie. Les conflits au Moyen-Orient ont régulièrement entraîné l’évitement temporaire de zones sensibles. La particularité de la situation actuelle réside dans l’ampleur géographique et le nombre de destinations affectées simultanément.
L’EASA ne prend pas ces décisions à la légère. L’agence coordonne ses actions avec les États membres et la Commission européenne avant de publier un bulletin concernant une zone de conflit. Les compagnies américaines appliquent leurs propres restrictions via le SFAR 117, qui interdit le survol de la région d’information de vol de Téhéran depuis plusieurs années déjà. La convergence actuelle des évaluations européennes et américaines souligne la gravité de la menace perçue.
Conseils pratiques aux voyageurs
Les voyageurs qui prévoient de se rendre au Moyen-Orient doivent vérifier quotidiennement le statut de leur vol auprès de leur compagnie aérienne. Les applications mobiles et les sites web des transporteurs affichent les mises à jour en temps réel. Il est conseillé de souscrire une assurance voyage incluant l’annulation pour motifs géopolitiques, même si certaines polices excluent spécifiquement les zones de conflit.
Les ressortissants européens actuellement dans le Golfe sont invités à enregistrer leurs coordonnées auprès de leur ambassade. Des vols de rapatriement sont toujours possibles via les compagnies du Golfe ou par des itinéraires alternatifs via la Turquie. Le ministère français des Affaires étrangères met à jour ses recommandations par pays sur son site diplomatie.gouv.fr.
Pour les voyages d’affaires essentiels, privilégiez les réservations flexibles permettant les modifications et les annulations sans frais. Il faut également anticiper des durées de trajet rallongées et prévoir des marges de manœuvre suffisantes pour les correspondances. Les gestionnaires de voyages d’affaires doivent établir des plans de contingence incluant des fournisseurs alternatifs et des budgets révisés.

