- De Toulouse à Tahiti, un ATR traverse le globe en six jours
- 26 fauteuils individuels remplacent près de 70 sièges
- Salons privés et bagages prioritaires prolongent l’expérience affaires
- Près de 500 dollars l’aller simple pour rejoindre Bora Bora
- Le tourisme polynésien cherche un nouvel équilibre dans le haut de gamme
| Air Tahiti Signature lancera ses vols commerciaux 100 % classe affaires le 8 décembre 2026 vers Bora Bora et Raiatea-Taha’a. Son ATR 72-600, baptisé ĀNAPANAPA, dispose de 26 fauteuils individuels. Arrivé à Tahiti le 19 octobre depuis Toulouse, l’appareil proposera des billets à partir d’environ 500 dollars américains l’aller simple, selon les premiers tarifs relevés. |
Vingt-six fauteuils. Pas un de plus. Un ATR 72-600 d’Air Tahiti compte d’ordinaire près de 70 sièges. Celui-ci n’en aligne que vingt-six, tous en classe affaires, tous collés à un hublot et ouverts sur l’allée. Baptisé ĀNAPANAPA, l’appareil s’est posé à l’aéroport de Tahiti-Faa’a le lundi 19 octobre 2026, peu avant 14 heures. À partir du 8 décembre, il assurera, sous la marque Air Tahiti Signature, les premiers vols 100 % classe affaires de Polynésie française vers Bora Bora et Raiatea-Taha’a. Hors du fenua, l’annonce est presque passée inaperçue. Seule la presse professionnelle du tourisme s’en est emparée : TourMaG le 20 octobre, Air Journal le même jour. Le grand public, lui, n’en sait encore rien. Pour ceux qui traversent déjà le Pacifique en classe affaires, c’est pourtant le dernier maillon du voyage qui change de catégorie.
De Toulouse à Tahiti, un ATR traverse le globe en six jours
Avant de survoler les lagons, l’avion a dû traverser la moitié du globe. Parti de Toulouse-Francazal le 13 octobre, il a rejoint Papeete au terme de six jours de convoyage et de 55 heures de vol, selon Radio 1 Tahiti. Le plan de vol, détaillé par le site spécialisé Live and Let’s Fly, a des airs de carnet de route d’une autre époque. Le Caire. Mascate. Hyderabad. Subang, près de Kuala Lumpur. Lombok, Cairns, Nadi, puis enfin Faa’a. Neuf aéroports pour un turbopropulseur conçu pour les petits trajets.
Pourquoi tant d’escales ? Un ATR n’est pas un long-courrier. Le constructeur annonce une autonomie d’environ 740 milles nautiques (moins de 1 400 kilomètres) à pleine charge. Sans passagers, l’appareil peut parcourir une distance plus importante, mais il est impossible de franchir d’une traite la mer d’Oman et la mer de Corail. On avance donc d’étape en étape, au gré des pleins de carburant.
Ce long périple rappelle un détail que l’on oublie volontiers. Cet avion est toulousain. ATR, coentreprise entre Airbus et l’entreprise italienne Leonardo, a son siège et sa chaîne d’assemblage final à Blagnac. Les sièges, eux, viennent d’Italie et sont signés Geven. Le « made in France » mérite donc une petite nuance. Mais l’appareil qui se posera bientôt sur la piste de Motu Mute, l’îlot qui accueille l’aéroport de Bora Bora, a pris son envol au bord de la Garonne.
26 fauteuils individuels remplacent près de 70 sièges
Montez à bord. Elle adopte une disposition 1-1, avec deux rangées de fauteuils individuels de part et d’autre de l’allée. Le modèle, appelé ETEREA, mesure 55 centimètres de large. L’écart entre deux rangées atteint un mètre et le dossier s’incline de 18 centimètres. Pas de lit, bien sûr. Le trajet entre Papeete et Bora Bora dure moins d’une heure.
Les coffres au-dessus des têtes ont disparu au profit de rangements individuels. Une console latérale, des prises USB-A et USB-C, ainsi qu’un programme de divertissement consultable sur son propre téléphone complètent l’équipement. L’agence réceptive Tahiti Nui Travel évoque une collation sucrée et salée servie avec du vin ou du champagne.
Air Tahiti est le deuxième exploitant au monde de cette version « HighLine All-Business Class » présentée par ATR au salon du Bourget en juin 2025. Le premier ? La compagnie aérienne malaisienne Berjaya Air. Le nom de l’avion, lui, n’a rien d’anodin. ĀNAPANAPA signifie « briller » ou « scintiller » en tahitien. Le fuselage garde les couleurs de la compagnie, le blanc et le rouge, rehaussés de motifs dorés.
Salons privés et bagages prioritaires prolongent l’expérience affaires
L’expérience commence bien avant le décollage. Air Tahiti Signature prévoit un enregistrement personnalisé, des salons privés à Tahiti et à Bora Bora, puis un traitement prioritaire des bagages à l’arrivée. Pour rejoindre l’appareil, le passager embarquera directement ou sera conduit par navette privée jusqu’au pied de l’avion, « selon les infrastructures », précise Tahiti Nui Travel.
La franchise bagages s’aligne sur les standards des grandes lignes internationales. Deux valises de 32 kilos en soute et 12 kilos en cabine. De quoi emporter sans calcul une garde-robe complète pour une semaine sur un motu.
Trois rotations quotidiennes sont prévues, six jours sur sept. La première part tôt le matin vers Bora Bora, puis Raiatea ; la deuxième assure un aller-retour vers Bora Bora en fin de matinée ; la troisième boucle par Raiatea en fin d’après-midi. Du 10 novembre au 7 décembre, une période de rodage permettra aux agences et aux voyagistes de tester le produit avant son ouverture au public.
Près de 500 dollars l’aller simple pour rejoindre Bora Bora
Le billet coûtera en moyenne plus de 1 000 dollars américains, soit environ 106 000 francs Pacifique (890 euros), d’après Radio1 Tahiti, vraisemblablement pour un aller-retour. Trop cher ? À en croire la compagnie, les clients ne paraissent pas s’en émouvoir. « Nous avons plusieurs centaines de réservations au prix que nous espérions », s’est réjoui Édouard Wong Fat, directeur général d’Air Tahiti, à l’arrivée de l’avion, sans détailler leur répartition entre agences, voyagistes et particuliers. Sa logique tient en une phrase : « L’idée était de venir combler un vide dans la chaîne de valeur que nous offrons à nos clients. »
Ce vide, les habitués le connaissent bien. Il est possible de traverser le Pacifique allongé en classe affaires, puis de se retrouver à l’étroit dans un avion régional pour le dernier tronçon vers son bungalow sur pilotis. Alexandra Martino Roussel, directrice régionale d’Air France, l’a bien compris. « Le cœur de cible de ces rotations, c’est complètement notre clientèle business », résume-t-elle. Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, vise également les croisiéristes, persuadé que tous les passagers des paquebots rêvent de prendre cet avion. L’enthousiasme est de mise le jour de l’arrivée.
La compagnie voit déjà plus loin. Édouard Wong Fat espère que la demande va « encore croître pour justifier, dès l’année prochaine, l’ajout d’un avion supplémentaire ».
Pour un voyageur parti de Paris, le plus simple est de passer par Air Tahiti Nui. Depuis juin, la compagnie long-courrier vend les vols Signature entre Papeete et Bora Bora sous son propre code, ce qui permet de tout regrouper sur un seul billet, du décollage à Roissy jusqu’à l’arrivée sur le motu. Raiatea, en revanche, reste hors de cet accord. Côté Air France, la compagnie dispose elle aussi d’un accord de billet unique avec Air Tahiti pour des vols depuis Paris ou Los Angeles jusqu’aux îles, et sa directrice régionale présente ces vols comme taillés pour sa clientèle d’affaires. Il reste à vérifier, au moment de la réservation, que le tarif Signature apparaît bien sur le billet Air France. Reste le prix. Les premiers tarifs relevés par le blog américain One Mile at a Time plaçaient l’aller simple juste sous la barre des 500 dollars, contre environ 220 dollars en classe économique. Le confort coûte donc un peu plus du double pour moins d’une heure de vol.
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Le tourisme polynésien cherche un nouvel équilibre dans le haut de gamme
Ce lancement arrive à un moment délicat. Après trois années record, les arrivées de touristes ont reculé de 5,6 % en début d’année, rapporte Air Journal. L’aéroport de Faa’a a tout de même accueilli 1 147 525 passagers réguliers entre janvier et août 2026. Tahiti Tourisme mise désormais sur la période de novembre à mars, rebaptisée « saison de l’abondance », et sur une meilleure répartition des visiteurs entre les archipels. Sa directrice générale, Vaihere Lissant, a assuré à TourMaG vouloir poursuivre le développement d’un tourisme plus durable et plus inclusif.
Un avion de vingt-six places réservé à une clientèle aisée peut-il servir ce projet ? La question se pose. Raiatea, berceau du marae de Taputapuātea inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, et sa voisine Taha’a, l’île de la vanille, gagnent ainsi une vitrine haut de gamme. Bora Bora, déjà très prisée, n’en avait sans doute pas besoin. Le vrai test commencera le 8 décembre, en pleine saison des pluies que Tahiti Tourisme tente de rebaptiser, et il faudra alors remplir les fauteuils sans l’appui des paquebots.
Pour ceux qui ont déjà payé le long-courrier en classe affaires et le bungalow sur pilotis, ce dernier tronçon a du sens. Pour les autres, il est préférable de garder ces 890 euros pour Raiatea et Taha’a, qui méritent davantage le détour que le trajet qui y mène.

